Lecture : « Désolée, je suis attendue » d’Agnès Martin-Lugand

Yaël ne vit que pour son travail. Brillante interprète pour une agence de renom, elle enchaîne les réunions et les dîners d’affaires sans jamais se laisser le temps de respirer. Les vacances, très peu pour elle, l’adrénaline est son moteur. Juchée sur ses éternels escarpins, elle est crainte de ses collègues, et ne voit quasiment jamais sa famille et ses amis qui s’inquiètent de son attitude. Peu lui importe les reproches qu’on lui adresse, elle a simplement l’impression d’avoir fait un autre choix, animée d’une volonté farouche de réussir.

Mais le monde qu’elle s’est créé pourrait vaciller face aux fantômes du passé.

Désolée je suis attendue

Désolée, je suis attendue – Agnès Martin-Lugand

Éditeur : Éditions Michel Lafon (2016)

Pages : 378

Ma note : 4,25/5

Mon avis :

 Le personnage de Yaël dans la première partie du roman m’a agacé. Le but était là bien sûr, mais j’avais hâte que la situation évolue, en priant pour qu’elle évoluerait bien. Cette femme carriériste sans aucun intérêt autre que son travail est irritable, sans joie et pleine de fadeur. Elle délaisse sa famille et ses amis et nous n’avons qu’une envie, lui hurler de se réveiller. Va-t-elle enfin finir par ouvrir les yeux ? 

« Lorsque je trouvais le sommeil, ce n’était jamais pour plus de quatre petites heures. Ça me suffisait amplement, la fatigue n’avait aucune prise sur moi, j’étais maîtresse de mon corps. L’adrénaline du défi coulait dans mes veines, c’était mieux, plus fort, plus puissant que la drogue ou le sexe. »

Heureusement la deuxième partie est attachante, ponctuée de rebondissements, donnant la part belle à l’amitié. Nous évoluons dans l’esprit de Yaël, sa complexité, ses questionnements, ses doutes, ses envies, ses erreurs, ses prises de conscience, et son passé qu’elle tente d’oublier du mieux qu’elle peut. Nous découvrons sa lutte pour combler un manque, sa survivance. Yaël l’irritable devient au fil des pages attachante et agréable. Nous la comprenons, nous avons de l’affection et de l’empathie pour elle. Je me suis surprise à avoir les larmes aux yeux à certains moments, heureuse de comprendre les choix de cette femme qui a souffert, de l’accompagner alors qu’elle est en marche vers son destin.

Se noyer dans le travail, combien d’entre nous connaissent cette situation ? Combien ne donnent pas assez de leur temps à leur vie personnelle ? Est-ce qu’une telle vie peut vraiment perdurer ?

Agnès Martin-Lugand nous amène ce sujet contemporain de façon fluide et sûre, comme si elle-même l’avait vécu, ou l’avait côtoyé de près. La pression au travail, les nouvelles technologies, le désintéressement au relationnel, voilà un sujet terriblement d’actualité.
Beaucoup se reconnaîtront dans ce roman qui nous force à nous poser les vraies questions. Et si la vie valait vraiment la peine d’être vécue ? Fortement, passionnément. Si chacun détenait finalement les rênes du bonheur ?

« Ce samedi-là, je pris mon temps en rentrant de la piscine. Sans savoir pourquoi, mon regard fut aimanté par une famille, ils faisaient leurs courses du samedi, les enfants étaient déchaînés et les parents avaient le teint brouillé et le regard partagé entre l’amour pour leurs petits et la colère d’avoir été réveillés trop tôt un matin de week-end. La femme dut sentir que je les regardais, elle me jeta un coup d’œil peu amène et envieux ; j’avais grosso modo le même âge qu’elle, elle devait se dire que je me pavanais dans ma tenue de sport dernier cri, avant de rentrer dans mon appartement design et impeccablement rangé pour prendre une douche qui pourrait durer plus d’une heure, pendant laquelle personne ne m’embêterait […]. Alors qu’eux allaient courir toute la journée d’une activité à une autre, avant de mettre leurs enfants dans un bain […].
La femme et moi nous regardâmes dans les yeux ; elle venait de voir le même film que moi. Elle sourit, posa un regard tendre sur ses enfants et son mari, secoua la tête et les entraîna avec elle. Qui enviait qui, maintenant ? J’étais bien incapable de répondre. »

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Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog lifestyle, où l'on parle de tout donc, mais avec sincérité.

13 réflexions sur « Lecture : « Désolée, je suis attendue » d’Agnès Martin-Lugand »

  1. C’est un roman qui fait partie de ceux que je veux lire, et maintenant encore plus! J’aime beaucoup le dernier extrait! C’est tellement ça!
    Je te souhaite un bon week-end.
    Cécile

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    1. Merci Cécile ! J’ai beaucoup aimé cet extrait en effet, qui est beaucoup plus long dans le livre, j’ai dû le couper 😉 N’hésites pas à jeter un œil à ma boutique PriceMinister si tu veux (cf lien dans la colonne de droite de mon blog), tu y trouveras des livres à prix réduits. Belle journée et bon week-end à toi.

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  2. Moi aussi, j’ai eu les yeux humides… Mais tu vois, Yaël ne m’a pas agacée, car ce comportement est tellement extrême que ça cache quelque chose… C’est le premier roman de l’auteure qui ne m’énerve pas de trop.Diane et Iris m’ont plus agacée… Celui-là m’a beaucoup plu. J’espère une suite, non?

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  3. Il doit bientôt arriver dans notre médiathèque, je l’avais mis en suggestion, il a été accepté, youpi ! J’ai lu les autres, ils sont trop bien 😉

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