Lecture : « Tropique de la violence » de Nathacha Appanah (Rentrée littéraire 2016)

«Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré ? Ils viennent pour toi.»

Photo Tropique de la violence

Tropique de la violence – Nathacha Appanah

Éditeur : Gallimard (parution le 25 août 2016)

Pages : 192

Ma note : 4,75/5

Mon avis :

Je frôle le coup de cœur pour ce roman à paraître dans deux jours ! Ajoutez-le bien dans votre wishlist si ce n’est déjà fait !

L’auteure a su, de façon sincère et directe, m’immerger au cœur des problèmes de l’île française de Mayotte. Île splendide de l’Océan indien, île aux parfums où le lagon et la luxuriance de la végétation cachent une réalité tout autre et contrastent avec la misère au cœur des terres. Le parfum de l’ylang-ylang s’oppose à la puanteur du bidonville de Kaweni. Ce quartier défavorisé, ce « camp de clandestins à ciel ouvert » surnommé « Gaza » – ce qui est assez évocateur – abrite nombre d’enfants et d’adolescents livrés à eux-mêmes. Et c’est leur quotidien qui est dépeint ici, telle une frasque oubliée de la société française métropolitaine.

« Gaza c’est un no man’s land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c’est Cape Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza c’est Mayotte, Gaza c’est la France. »

Le doigt est mis sur l’immigration massive des îles voisines vers Mayotte, ces milliers de personnes qui débarquent à bord des kwassas kwassas, des bateaux de pêche, et qui s’installent misérablement sur l’île. L’errance, la survie, la débrouille, la drogue, la violence y règnent en maître. C’est à travers quelques adolescents et leur quotidien chaotique que nous prenons conscience de tout cela.

Moïse se retrouve à Kaweni suite à un drame familial. Se réfugiant dans une possible amitié et aspirant à retrouver ses racines, il découvre finalement un monde peuplé de haine, de peur et de faim. Lui qui semble poursuivre sa quête d’identité, lui qui désire éclairer les zones d’ombre de son existence va se confronter à la poussière brûlante qui s’accroche à la peau noire des âmes sombres. Il va découvrir l’épaisse noirceur des jours et des nuits d’une favela qui ne pardonne rien et qui ne laisse présager aucun avenir salutaire.

Tropique de la violence nous embarque dans un outre-mer trop souvent oublié dans lequel une population s’embrase et se révolte seule. Dans une narration à cinq voix aux écritures collant aux différents personnages et nous offrant différents points de vue, Nathacha Appanah nous conte des légendes, des croyances où les esprits et l’imaginaire poétique se heurtent à la dure réalité de la vie mahoraise. Le récit se situe au point de vacillement d’une confrontation qui ne peut qu’avoir lieu. Nous sommes suspendus entre le paradis et l’enfer, entre la paix et la guerre, entre la mer et la terre. Nous sommes en dehors de toute normalité.

« De là où je vous parle, les mensonges et les faux-semblants ne servent à rien. Quand je regarde le fond de la mer, je vois des hommes et des femmes nager avec des dugongs et des cœlacanthes, je vois des rêves accrochés aux algues et des bébés dormir au creux des bénitiers. De là où je vous parle, ce pays ressemble à une poussière incandescente et je sais qu’il suffira d’un rien pour qu’il s’embrase. »

Je ne peux que recommander cet ouvrage qui fait écho à l’actualité, qui ne se fait l’avocat de personne mais qui percute d’une belle manière et éveille les consciences. Parce que là où il y a la violence, il y a des raisons qui poussent à sa naissance. La colère gronde et elle est de plus en plus menaçante. Le sifflement d’une arme à feu pourrait dérider à jamais les esprits de vengeance. Les lames des couteaux risquent fort bien de sortir de l’ombre pour enflammer des terres déjà trop brûlées.

J’ai eu la chance de lire ce roman dans le cadre des Explorateurs de la rentrée littéraire du site Lecteurs.com, je les remercie vivement ainsi que les Éditions Gallimard, et Karine, notre rédac’ chef pour l’évènement.

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Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog lifestyle, où l'on parle de tout donc, mais avec sincérité.

10 réflexions sur « Lecture : « Tropique de la violence » de Nathacha Appanah (Rentrée littéraire 2016) »

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