Lecture : « Alice ou le choix des armes » de Stéphanie Chaillou (Rentrée littéraire 2016)

Dans une prose hypnotique, « Alice ou le choix des armes » inventorie les faits, les motifs et les conséquences de la violence au travail. « Quand j’interroge Alice Delcourt, le premier jour, elle me dit qu’elle ne sait pas vraiment comment ça a commencé. Par quoi. Si c’est un agacement particulier qui s’est produit soudain et qui a tout déclenché. Ou autre chose. » Un homme, Samuel Tison, est retrouvé mort sous un pont. Une jeune femme, Alice Delcourt est soupçonnée de l’avoir tué. Mais quelle est la nature du lien entre la jeune femme et son ancien chef de service ? Que s’est-il vraiment passé ? Au commissariat, chaque jour, l’inspecteur François Kerrelec entend Alice Delcourt, ce qu’elle a à dire, ce dont elle veut témoigner.

Couv Alice ou le choix des armes REDIM

Alice ou le choix des armes – Stéphanie Chaillou

Éditeur : Alma (parution le 25 août 2016)

Pages : 137

Ma note : 3/5

Mon avis :

Il s’agit ici de harcèlement moral au travail et c’est à travers l’interrogatoire d’Alice Delcourt, jour après jour, que nous découvrons et décortiquons ce Mal de la vie professionnelle. 

Samuel Tison est découvert mort sous un pont, roué de coups et pantalon baissé. C’est alors que le commissaire en charge de l’enquête, François Kerrelec, reçoit une lettre anonyme dénonçant Alice Delcourt comme coupable du meurtre. S’en suit de longues explications souvent complexes d’Alice au sujet de son supérieur et des actes de torture mentale de celui-ci. Son absence d’alibi n’empêche pas la jeune femme de se livrer chaque jour dans l’enceinte du Commissariat, de faire le récit complet et rigoureux de ce qu’elle a subi toutes ces années, ces huit ans durant lesquels elle s’est soumise à cet homme avide de pouvoir, de puissance et de supériorité.

Le personnage du commissaire est tout d’abord assez effacé, comme s’il n’était présent que pour éviter un long monologue de la suspecte, afin d’entrecouper son récit. Mais j’ai apprécié ses interventions, même courtes et succinctes, car l’écriture y est plus fluide, les faits sont résumés et concis, ce qui tranche avec les textes précis et plus laborieux d’Alice.

Aux confins de la folie, il est disséqué ce que la violence morale engendre sur ses victimes et des mots forts sont employés tout au long du récit pour la désigner : « torture », « mépris », « terreur », « emprise », « manipulation », « humiliation », « guérilla professionnelle ». Les sentiments d’Alice sont mis à découvert, projetés dans une réalité difficile et rude. On accuse le coup et on prend connaissance des siens, ces salves psychologiques que Samuel Tison lui infligeait. Nous plongeons dans le cerveau du harceleur. Nous découvrons un personnage animal dépeint comme un prédateur.

C’est une véritable descente en enfer qui nous submerge de sentiments noirs, qui nous détaille les étapes de la dégringolade, la solitude dans l’épreuve, mais aussi la tardive prise de conscience de la victime.

Alice ou le choix des armes met donc le doigt sur les faits de la violence morale au travail et ses conséquences. Il s’apparente à un traité sur la psychologie de l’harceleur et de l’harcelé. Stéphanie Chaillou décortique avec intelligence les étapes de ce harcèlement et ajoute une pointe d’onirisme à travers de petits paragraphes réguliers et déroutants mettant en scène le « théâtre d’Alice », reflétant ses pensées et son état d’esprit de façon burlesque et poétique. Toutefois, je dois avouer que la ponctuation et la construction des phrases rendent la narration plus compliquée, hachée et répétitive. D’autre part, un manque de crédibilité se fait ressentir à travers un interrogatoire long qui s’étale sur un mois et demi, pendant lequel le commissaire fait preuve d’une improbable patience, laissant la suspecte partir à sa guise, revenant chaque jour pour ajouter de nouveaux récits à sa longue liste. L’enquête piétine et certaines longueurs s’en ressentent. On réalise qu’elle n’est qu’un prétexte pour traiter du sujet, il ne faut pas s’attendre à un roman policier. Mon avis est par conséquent mitigé, et le fait que le roman soit court le sauve d’un éventuel abandon. Cette lecture fut très intéressante mais a demandé beaucoup de concentration et d’exigence. La non-fluidité de l’écriture a mis en péril l’intelligence du texte, ce qui est fort dommage. Ce type d’ouvrage ne s’adresse pas à tous, mais surtout à celles et ceux qui apprécient les analyses fines qui se dissèquent avec lenteur et précision.

J’ai eu la chance de lire ce roman dans le cadre des Explorateurs de la rentrée littéraire du site Lecteurs.com, je les remercie vivement ainsi que Alma Éditeur, et Karine, notre rédac’ chef pour l’évènement.

logo-lecteurs-com

Publicités

Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog lifestyle, où l'on parle de tout donc, mais avec sincérité.

5 réflexions sur « Lecture : « Alice ou le choix des armes » de Stéphanie Chaillou (Rentrée littéraire 2016) »

Laisser un petit mot (ou un grand)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s