Lecture : « L’Invention de la neige » d’Anne Bourrel

Il fait un froid, cette année. Mais un froid. Du jamais vu. Pourtant sur les pistes des Cévennes, pas un centimètre de neige, les tire-fesses sont à l’arrêt. Une station fantôme…
Si Ferrans pensait faire oublier à sa femme, Laure, la mort de son grand-père, c’est plutôt raté. L’auberge qu’il a choisie pour ses deux filles et pour Laure n’a du Bonheur que le nom. Elle est peuplée d’une patronne obèse, d’un lézard barbu et d’un moniteur de ski aux yeux morts. Et partout : la terre trempée, la boue. Pourtant, Ferrans s’obstine à rester jusqu’à ce que l’imprévu retourne comme un gant cette famille recomposée en apparence bien sous tous rapports.

L’Invention de la neige – Anne Bourrel

Éditeur : Pocket (11 mai 2017)

Pages : 260

Ma note : 4/5

Mon avis :

Voici une lecture singulière, dans son style tout d’abord, une belle écriture instillant une atmosphère noire de laquelle émerge parfois une pointe de burlesque, mais aussi dans son histoire et son traitement. 

En effet, les chapitres alternent le passé et le présent mais aussi les narrateurs. Nous plongeons dans ce récit de deuil et d’histoire passée, puis un élément bouscule le fil de notre lecture et nous emporte au plus profond des relations et des liens entre les personnages, au sein des secrets de leur famille. C’est un huis-clos glacial, sombre et mystérieux, presque étouffant, que nous livre Anne Bourrel. La neige que l’on attend et qui ne vient pas, cette neige que certains désirent mais que d’autres détestent est omniprésente dans le roman. Le sentiment de solitude pèse également beaucoup dans le décor et sur les personnages. L’écriture tourmentée et sensitive de l’auteure accentue la noirceur et la sensibilité du récit.

Le roman joue avec le tempo, souvent lancinant, à l’étouffée, puis de plus en plus dans la lignée d’un thriller noir. C’est réellement un roman d’ambiance axé sur la psychologie des protagonistes et sur les relations familiales et humaines en règle générale. Je l’ai lu en période de canicule, mais je pense qu’il se déguste davantage l’hiver afin de s’en imprégner mieux encore.

« C’était la première fois depuis la mort d’Antoine qu’elle parvenait à parler de lui. Et qu’elle ne pleurait pas. Les larmes coulaient à l’intérieur, rivière souterraine qui désormais pour toujours l’habiterait. »

La mère de Laure, discrète une bonne partie du récit même si elle en est un des narrateurs, se révèle complètement sous un autre jour en fin de roman. Et c’est à travers elle que le dénouement presque fou fait le lien avec Laure mais aussi son grand-père tant regretté. Laure est noyée par le chagrin et ce n’est pas son mari qui arrangera la situation. Je n’ai d’ailleurs pas tellement apprécié ce personnage. Son manque de soutien m’a agacée.
Si l’état quasi comateux de Laure peut apporter une petite lourdeur, les chapitres courts défilent malgré tout. L’écriture de l’auteure y est pour beaucoup.
Parallèlement se déroule un pan intéressant de l’histoire hispano-française en temps de guerre. Les thématiques abordées sont donc, comme vous pouvez le constater, terribles mais rudement réalistes.

« Plusieurs fois par jour. Il faut avaler la mort. Ça passe lentement dans la gorge. C’est plein d’épines. À chaque fois que ça revient, il faut avaler encore. Les épines de la mort déchirent la gorge. La gorge est pleine de mort. La gorge est un boyau plein de mort. La gorge devient boa constrictor. La mort passe dans la gorge. L’effort est à chaque fois impossible, les yeux pleurent, on se dit qu’on n’y arrivera pas et puis, si, ça passe. Ça passe. Jusqu’à la prochaine fois. »

En bref, c’est un roman noir dans lequel les drames se succèdent en quasi huis-clos. Les liens familiaux et la psychologie de ses membres constituent la toile de fond de ce récit à l’atmosphère pesante, sans oublier le côté historique ici largement développé. Nous avons l’impression de vivre aux côtés des personnages, l’écriture de l’auteure et sa capacité à immerger son lecteur sont de réels points forts. Un roman singulier à découvrir en période de grand froid, enroulé(e) dans la couette !

Un grand merci à Emmanuelle et Solène des Éditions Pocket pour cet envoi et cette découverte très intéressante !

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Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog lifestyle, où l'on parle de tout donc, mais avec sincérité.

1 réflexion sur « Lecture : « L’Invention de la neige » d’Anne Bourrel »

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