Huit ans de toi

Si avant toi on m’avait décrit ton visage, je n’aurai pas hésité une seconde à me lancer dans la grande aventure. J’aurai tout enduré pour te rencontrer enfin. J’aurai laissé mon corps gonfler, me filer la nausée, je t’aurai laissé m’envahir et me remplir d’amour.

Si avant toi on m’avait expliqué la sensation d’être mère pour la première fois, j’aurai désiré profondément la ressentir à mon tour. J’aurai tout fait pour que ça marche, pour que mon esprit s’envole dans les nuages à la recherche de tes traits, de tes sourires, de ce mot qui fera toi et que l’on prononcera pour que tu nous rejoignes, pour t’avertir d’un danger, pour t’engueuler et pour t’aimer.

Si avant toi on m’avait prévenue de tout ce qu’il se passerait, j’aurai tout arrêté. J’aurai eu peur, j’aurai pleuré, j’aurai crié, je n’aurai pas voulu le vivre. Je n’aurai pas voulu du désespoir, des ténèbres, de la profondeur des sentiments noirs qui s’incrustent jusque dans le moindre petit lopin de chair. Je n’aurai pas osé te voir si belle mais si fragile, si immobile dans ce moment qui se devait tellement exceptionnel. Je n’aurai pas voulu t’aimer, pas comme ça. 

Si je l’avais su, j’aurai fait marche arrière et l’aurais-je regretté ? T’aurais-je regretté ?
Je n’aurai pas voulu de ce chamboulement dans ma vie encore naïve, je n’aurai pas aimé voir mes rêves se briser, mes projets disparaître, le noir envahir le rose de mon quotidien pendant de si longues années. Je n’aurai pas aimé me voir pleurer autant, le voir pleurer avec moi, les voir pleurer pour toi.
Mais j’aurai voulu te rencontrer malgré tout, savoir que tu as bel et bien existé, que tes lèvres étaient la copie des miennes, que tes yeux étaient la copie des siens. Malgré la douleur, j’aurai aimé te dire bonjour et te faire mes adieux, tout cela au même moment parce que la vie n’en a pas décidé autrement. J’aurai voulu te dire que je t’aime, que je suis désolée, que ton corps ne serrera jamais le mien comme moi j’ai pu le faire, mais que ton esprit m’accompagnera chaque jour, pour remonter la pente si abrupte, pour recommencer à sourire et même rire, pour colorer à nouveau mon quotidien, pour te savoir près de moi à chaque décision, chaque souffle, chaque pluie, chaque orage, chaque soleil.

J’aurai aimé te dire, presque huit ans après, que tu m’as aidée, que tu as été mon moteur dans tout ce malheur, que grâce à toi j’ai beaucoup appris, que tu seras à jamais ma petite fille, ma force, mon premier enfant. Que j’aurai voulu que tout se passe autrement mais que jamais je n’aurai désiré que tu ne fasses pas partie de ma vie. Tu as tout chamboulé, tout ravagé, tout reconstruit.

Huit ans de tout, huit ans sans toi.

Huit ans que mes pensées sont pour toi et qu’est né un nous.

★ ☆ ★ ☆

15 octobre, journée de sensibilisation au deuil périnatal.

Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog lifestyle à forte tendance littéraire.

10 réflexions sur « Huit ans de toi »

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