Interview Libraire : Anne-Sophie Rouveloux de la librairie L’Écriture à Vaucresson (92)

Voici la douzième interview issue de mon partenariat avec PAGE des Libraires. Cette fois, j’ai souhaité que PAGE contacte Anne-Sophie Rouveloux de la librairie L’Écriture à Vaucresson (92) car elle a rédigé une chronique, dans le numéro 193 de PAGE, au sujet du roman de Dave EggersLes héros de la Frontière, qui m’a donné très envie de le lire.

Quelques mots d’Anne-Sophie à son sujet (revue n°193) :

« Et il y a Josie, bien sûr. Touchante lorsqu’elle pense à Jeremy qui voulait partir pour l’Afghanistan, hilarante lorsqu’elle se souvient de sa vie conjugale avec Carl – qu’elle a plus connu sur le trône qu’autre chose – et attachante car elle est humaine. Une seule question la hante : utilise-t-elle son temps sur Terre à bon escient ? Elle met à l’oeuvre ce dont nous rêvons tous : fuir pour se trouver. »

★ ☆ ★ ☆

Six questions à Anne-Sophie Rouveloux… 

Préambule : Quelle est l’histoire de votre librairie ?

L’Ecriture est née en 1960. Son joli nom donne un indice sur sa vocation première : la papeterie. Et en effet, on a un gigantesque espace dédié. Et aujourd’hui, on se défend aussi niveau librairie ! On a vraiment de tout : littérature, BD, beaux-livres et un grand et beau roman jeunesse au sous-sol.  On est situé sur la place du marché de Vaucresson, en région parisienne, et j’aime à penser que notre belle devanture bleue est désormais bien connue des habitants !

1) Comment êtes-vous devenue libraire ?

Par hasard. Tout juste installée à Paris, je finissais mes études de lettres modernes. J’ai poussé la porte  d’une petite librairie spécialisée jeunesse : Les Minots. Tout était feutré, il y avait des couleurs partout… et ils recherchaient un libraire. J’ai fait mes armes là-bas et surtout, j’ai découvert l’incroyable richesse de la littérature jeunesse. Je suis vraiment tombée dedans. De plus, je pouvais faire quelque chose de la passion que je ressentais pour certains ouvrages : je pouvais les conseiller aux clients.

2) Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

Tout. Parler avec les clients, bien sûr. Mais j’ai besoin de porter des cartons, de les ouvrir vite vite pour découvrir les nouveautés, de porter les livres, les mettre en place. J’aime la diversité des tâches, j’aime faire de la « manutention ». Cela me défoule. Il ne faut pas croire que le libraire passe son temps à bouquiner !

Mais pour en revenir au meilleur, le conseil, je me sens vraiment comblée quand j’arrive à dénicher la pépite qui permettra à un jeune, pas trop friand de lecture, d’accrocher. Il n’y a rien de plus excitant que de voir un parent revenir et dire « Bon. Le livre que vous avez conseillé a plu. Mon fils/Ma fille l’a dévoré en deux heures et maintenant j’ai besoin du tome 2,3 et 4, histoire de tenir au moins l’après-midi. » On se sent utile, avec ce genre de retour.

3) Le développement personnel romancé a le vent en poupe depuis quelques années, diriez-vous que Les héros de la Frontière de Dave Eggers le traite en quelque sorte, notamment à travers le personnage principal, Josie, qui semble réellement se questionner sur sa vie lors de cette évasion en camping-car ?

Alors, je ne veux pas faire ma snobinarde mais je ne raffole pas de cette étiquette « roman de développement personnel ». Cela renvoie à quelque chose de flou et cela n’évoque pas un livre de bonne facture pour moi. On peut bien sûr rattacher « Les héros de la frontière » à cette mouvance mais ce n’est pas du tout sa vocation première ! On peut simplement isoler des éléments de l’intrigue, des caractéristiques de Josie, cette adorable héroïne. Et donc, oui, cette mère de famille se pose des questions sur son devenir, sur elle-même, comme nous le faisons tous. Mais je peux également vous citer plein d’autres romans avec cette « introspection ».

Et puis, l’histoire de Josie, c’est surtout un road-trip, une fuite, avec la découverte de plein de nouvelles têtes sur son trajet. C’est aussi l’amour qu’elle partage avec ses deux enfants « particuliers ».

Mais il y a une chose sur laquelle je veux insister. Un « roman de développement personnel » est censé apporter un soutien à son lecteur, le tirer vers le haut plutôt que le « déprimer », n’est-ce pas ? Ce livre a été mon joker pour la fin de cette année. Lorsqu’un client me demandait « Alors, je veux un bon livre, mais pas trop sombre, hein. Ah, et je veux que cela soit bien écrit, et pas ras les pâquerettes ! » Ce livre est parfait pour cela : à travers Josie, on s’interroge sur nous-même MAIS ce n’est jamais grave, sombre. Et bien sûr, c’est pas niais, ou mièvre (car je déteste ça !).

4) Votre avis concernant ce roman dans la revue PAGE n°193 m’a donné très envie de le lire car je m’intéresse beaucoup aux romans sociaux. Pensez-vous qu’il reflète avec justesse une partie de la société actuelle ? Ou devons-nous plutôt l’apparenter à un divertissement littéraire (dans le bon sens du terme) ?

Ce n’est pas tant la société qu’il reflète mais un questionnement universel. Qu’est ce que j’ai fait de ma vie ? Quel sens lui donner ? Est-ce que mon boulot me plaît ? Est-ce que mon couple est solide ? C’est très moderne aussi, non ? On a le confort suffisant pour faire sans cesse des points sur nos existences et y réfléchir, encore et encore. Essayer de s’améliorer, toujours.

Après, il n’y a pas que ça dans ce roman. On s’amuse beaucoup avec les aventures de Josie. La manière dont elle parle de son ex-mari est tordante. Et peut-être qu’elle nous dit quelque chose d’essentiel, un conseil que nous n’appliquons que trop rarement : Lors de son road trip,  elle n’a pas d’autre choix que de se laisser porter par les événements… Et tout se passe bien. Peut-être qu’on devrait apprendre à lâcher prise ?

Oh zut, oui, cela fait « roman de développement personnel », mais c’est quand même trop réducteur !

5) De quelle manière participez-vous à la revue et pourquoi ?

J’écris des articles et j’ai la chance de réaliser des interviews d’auteurs, notamment anglophones. J’adore ce dernier point pour pouvoir porter la parole des écrivains, et peut-être donner aux lecteurs encore plus envie de les lire ! J’aime aussi faire partie de la famille Page. Cela fait cliché, mais c’est vrai. Les autres libraires sont devenus des amis et j’adore quand nous nous réunissons pour parler des nouveautés…

6) Le livre que vous lisez en ce moment…

Alors je déteste ça mais j’en ai trois en cours :

  • Après Maida paru chez Gallmeister : un roman autour de la perte de l’être aimé qui arrive à exprimer beaucoup de choses très profondes, en quelques mots bien choisis. C’est psychologique, c’est vrai. C’est beau comme tout.

  • Les dévastés chez l’Observatoire : ma grosse claque. Je l’ai attrapé au hasard sur une pile, j’ai commencé à lire les premières lignes et j’étais foutue. C’est merveilleusement bien écrit et c’est sombre comme un bon roman post-apocalyptique. Cela me fait penser à Ballard parfois. C’est plein de rebondissements, d’aventures, de personnages incroyables. J’adore.

  • Le pays des oubliés chez Sonatine : le dernier roman de mon auteur chouchou Michael Farris Smith. Son écriture a gagné en assurance et en poésie. Mais qu’est-ce que c’est désenchanté… Cela parle d’une certaine Amérique, qui n’a pas souvent la parole, celle de ceux qui n’ont pas d’argent, qui se battent pour s’en sortir. Je le fais durer un maximum car cela me touche énormément.

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Rendez-vous bientôt pour un concours et d’ici quelques semaines pour une interview exclusive d’un(e) autre libraire indépendant(e) !

Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog lifestyle à forte tendance littéraire.

Une réflexion sur « Interview Libraire : Anne-Sophie Rouveloux de la librairie L’Écriture à Vaucresson (92) »

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