Lecture : « Une longue impatience » de Gaëlle Josse

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un village de Bretagne, sa mère Anne voit sa vie dévorée par l’absence, qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille. Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.

Une longue impatience – Gaëlle Josse

Éditeur : J’ai Lu (13 février 2019)

Pages : 187

Ma note : 4/5

Mon avis :

Dans ce roman, Gaëlle Josse nous expose la langueur de l’attente d’une mère en proie à l’absence soudaine et brutale d’un fils parti en mer.

Louis, seize ans, s’en est allé. Alors Anne, sa mère, est sous le choc. Elle n’ose y croire, craint le pire, elle qui a perdu un premier mari en mer. Parce que Louis est désormais matelot quelque part sur les flots, Anne a peur. La situation familiale était tendue, les familles recomposées ne voient pas toujours leur puzzle s’imbriquer parfaitement, et puis c’était une autre époque, l’après-guerre. Les gens parlaient, supputaient sur celle qui se remariait, mais Étienne, elle le connaît depuis l’enfance et il a été tellement attentionné et patient envers elle.
Avec ce départ précipité, il y a les souvenirs qui resurgissent, les privations de la guerre, les punitions des femmes, les crânes tondus… Il y a aussi les bonnes raisons de céder aux avances du fils du pharmacien. Anne les énonce comme pour s’en persuader, ou persuader le fils qui est parti, lui expliquer son choix. Elle l’a fait pour eux, pour lui. Et maintenant, il est parti. Alors elle attend inlassablement son retour, scrute l’horizon, se noie dans les embruns, espère, essaie de comprendre, se meurt de l’absence qui ronge l’âme. Elle lui écrit, lui explique tout ce qu’elle fera à son retour, le festin interminable dont ils se régaleront tous, comme si tout cela pouvait le faire revenir plus vite.

Le temps passe mais l’auteure ne le décompte pas précisément. Elle nous laisse dans la lascivité de l’attente du personnage et dans le flou temporel qui en devient la conséquence. Les chapitres se succèdent dans la sensibilité et la fragilité de cette mère qui a perdu une partie d’elle-même mais qui jamais ne perd l’espoir de revoir son enfant. Et pourtant, Gabriel et Jeanne, qu’elle a eu avec Étienne, sont toujours là. Mais le manque est plus fort et emporte tout.

« Je m’invente des ancres pour rester amarrée à la vie, pour ne pas être emportée par le vent mauvais, je m’invente des poids pour tenir au sol et ne pas m’envoler, pour ne pas fondre, me dissoudre, me perdre. Toutes ces choses ténues, dérisoires, je m’y accroche pour repousser le prénom qui cogne à mes tempes, à mon cœur, à tout mon corps, pour tenir à distance ce halo d’ombre qu’il agite autour de moi. »

Ce roman transpire le tragique et l’amour. C’est l’absence dévorante, la maternité bouleversée, les failles du couple, la pudeur d’une mère.

Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog à forte tendance littéraire. Mais pas que !

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