Lecture : « À la grâce des hommes » de Hannah Kent

Islande, 13 mars 1828. Agnes Magnúsdóttir est reconnue coupable de l’assassinat de Natan Ketilsson, son amant, et condamnée à mort. En attendant son exécution, la prisonnière est placée comme servante dans une ferme reculée. Horrifiés à l’idée d’héberger une meurtrière, le fermier, sa femme et leurs deux filles évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur que de dégoût. Au fil des mois, elle devra apprendre à vivre au sein de cette famille hostile. Malgré les peurs réciproques, la violence, les préjugés, les colères et la mort annoncée.
Et la vérité qu’Agnes voudrait pouvoir faire entendre alors que personne ne semble prêt à l’écouter.

Photo A la grâce des hommes

À la grâce des hommes – Hannah Kent

Éditeur : Pocket (2016)

Pages : 447

Ma note : 4,5/5

Mon avis :

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman nous plonge dans une Islande austère du XIXème siècle qui a vu sa dernière exécution avoir lieu en 1829. Celle d’Agnes Magnúsdóttir, condamnée pour sa participation au meurtre de Natan Ketilsson et Pétur Jónsson en 1828 au nord de l’île, à Illugastadir.

C’est une histoire extrêmement bien fouillée par l’auteure qui nous est relatée, c’est un récit historiquement riche, un pan sombre du passé islandais. Nous sommes immergés dans cette ambiance âpre et rude. Les corbeaux tournoient, le froid envahit les maisons et les cœurs, la neige engloutit les paysages. Hannah Kent, à travers une écriture séduisante et des passages poétiques, a complètement su m’embarquer dans ce tableau ténébreux islandais. 

Nous vivons quelques mois avec cette femme qui est condamnée à mort et qui va raconter sa vérité au fil des pages. Transférée dans une ferme isolée de la vallée de Vatnsdalur – car la contrée ne disposait d’aucune structure publique permettant d’accueillir des prisonniers -, Agnes sera d’abord confrontée au mépris et à la peur de ses hôtes d’héberger en leur sein une meurtrière. Elle fera appel à un pasteur, le sous-révérend Þorvardur Jónsson, pour l’accompagner et se libérer de ce poids. Pour qu’on l’écoute enfin. Ce dernier aura en charge de mener sa fidèle au repentir avant son exécution. Le côté religieux est donc assez présent et apporte une dimension spirituelle au récit. Nous découvrons également l’amour terrible de cette femme pour Natan, une des deux victimes, qui était un homme controversé et irascible. En parallèle, Agnes va travailler pour le fermier Jón, sa femme Margrét et leurs deux filles Lauga et Steina, comme une servante l’aurait fait. Les fermiers embauchent en effet régulièrement des filles de ferme, des servantes, pour aider au dur labeur. Nous suivons donc la lourdeur de leur quotidien dans l’attente de la date qui annoncera le couperet final.

« Dans les premiers temps, j’avais le sentiment que nous bâtissions quelque chose de sacré. Nous choisissions nos mots avec soin et les empilions en veillant à combler les espaces vides. Deux tours se sont élevées, deux phares semblables à ceux qui se dressent le long des routes pour guider le voyageur dans le mauvais temps. Nous n’avions qu’à y monter pour nous entrevoir sous la répétition étouffante du quotidien. »

C’est aussi la condition de la femme, abaissée au rang de domestique, qui est relatée, ainsi que le caractère bourru et méfiant des habitants de cette contrée reculée. Le temps aussi, peu lumineux et glacial, contribue à l’ambiance pesante du roman. Pour ainsi dire, cette histoire très intéressante mais aussi accablante se savoure dans la pénombre de l’hiver, accompagné(e) de la chaleur et de la douceur d’un plaid. Je vous recommande vivement sa découverte, pour la richesse des écrits mais aussi la capacité de l’auteure à nous mener avec elle au plus profond des terres glacées islandaises, méditant sur les faits assassins d’une femme qu’une population s’évertuait à faire passer pour malfaisante et cruelle. Mais peut-être que leur vérité n’est pas aussi certaine et évidente qu’il n’y paraît. Les dernières pages, touchantes et émouvantes, referment l’histoire d’une vie féminine difficile passée à la faveur des hommes.

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Auteur : ducalmelucette

Du calme Lucette est un blog lifestyle, où l'on parle de tout donc, mais avec sincérité.

9 réflexions sur « Lecture : « À la grâce des hommes » de Hannah Kent »

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